Les premiers sites web des années 1990 ressemblaient à des bibliothèques. Vous pouviez lire ce que d’autres avaient écrit, mais rarement on pouvait laisser un commentaire, modifier quoi que ce soit ou même interagir. Les pages étaient “statiques”, leur contenu mis à jour manuellement par des webmasters, parfois une fois par mois. Aujourd’hui, cela paraîtrait surréaliste. Commenter, partager, créer du contenu, etc. C’est cela le web, et les sites semblent même nous connaître personnellement. Comment sommes-nous passés d’un état à l’autre ? Cette transformation progressive s’est étalée sur trois décennies.
C’est quoi au juste, l’interactivité du web ?
Dans le jargon des développeurs web, l’interactivité fait référence à la capacité d’un système à réagir aux actions d’un utilisateur. Sur un site “interactif”, vous cliquez sur un bouton, le site répond instantanément. En clair, un formulaire s’affiche, un panier d’achat se remplit, un message s’envoie. On a une sorte de bidirectionnalité, qui fait passer l’utilisateur de simple spectateur à participant actif.
Le Web 1.0
Dans les années 1990, on parlait de “Web 1.0”, car cette interactivité restait extrêmement limitée. Les sites fonctionnaient avec des pages HTML statiques, c’est-à-dire des documents fixes créés à l’avance. Chaque modification nécessitait qu’un développeur modifie manuellement le code… et le télécharge sur le serveur. Impossible de créer un compte utilisateur, de poster un commentaire ou de personnaliser quoi que ce soit.
Le Web 2.0
Le basculement s’opère dans les années 2000 avec l’arrivée du “Web 2.0”, qui marque la révolution participative. Les bases de données dynamiques permettent désormais de stocker et d’afficher du contenu variable selon l’utilisateur connecté. En clair, un même site peut montrer des informations différentes à chaque visiteur.
Le Web 3.0 (ou Web3)
Et puis, depuis les années 2010, une nouvelle évolution se dessine avec le “Web 3.0” ou tout simplement “Web3”. Ce nouvel internet repose sur la blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisée et décentralisée. Il propose de redonner aux utilisateurs le contrôle de leurs données et de leurs contenus. Leur outil central est la cryptomonnaie, une forme de devise numérique native d’internet, sans autorité centrale. Exemples désormais bien connus : le Bitcoin (BTC) et l’Ethereum (ETH).
Voilà pourquoi nous avons aujourd’hui des casinos crypto, par exemple. Ce sont des plateformes web et mobile qui proposent les mêmes jeux que leurs équivalents physiques (poker, blackjack, machines à sous), mais accessibles depuis votre canapé. Une évolution naturelle des casinos en ligne, pour ceux qui préfèrent l’utilisation de crypto, afin de s’épargner les frictions habituelles avec les banques traditionnelles.
Celles-ci se montrent toujours méfiantes, et n’hésitent pas à ralentir, voire bloquer, les transferts d’argent vers ces plateformes, même régulées. Ainsi les dépôts d’argent, de même que les retraits de gains, se font en cryptomonnaies comme le Bitcoin (BTC).
AJAX : l’outil qui a rendu le web réellement interactif
Avant le milieu des années 2000, chaque action déclenchait un rechargement complet d’une page internet. C’était nécessaire compte tenu du code sous-jacent à chaque formulaire en ligne. Vous cliquiez sur “Envoyer”, et l’écran devenait blanc pendant quelques secondes avant d’afficher la page suivante.
C’est là qu’est apparu AJAX (Asynchronous JavaScript and XML, soit JavaScript et XML asynchrones) a changé la donne. Cette boîte à outils permet de mettre à jour uniquement une partie d’une page web… sans recharger l’ensemble. Concrètement, lorsque vous tapez une recherche sur Google, les suggestions apparaissent instantanément sous la barre de recherche sans que la page ne clignote.
La messagerie Gmail (lancé en 2004 également) fut l’une des premières applications grand public à exploiter pleinement AJAX. Contrairement aux webmails de l’époque qui fonctionnaient page par page, Gmail ressemblait à un logiciel installé sur l’ordinateur : ouvrir un email, le supprimer ou en rédiger un nouveau se faisait instantanément, sans interruption. Google Maps suivit rapidement, permettant de faire glisser la carte dans toutes les directions sans attendre qu’une nouvelle page se charge.
Puis l’outil fut utilisé par Facebook (créé en 2004) pour son fameux fil d’actualité qui se rafraîchit en continu pendant que vous scrollez, sans jamais recharger toute la page. Cette fluidité, aujourd’hui considérée comme normale, fit grand bruit à l’époque.
AJAX a vraiment dépoussiéré internet. Et il est encore largement utilisé. Sans cette technologie, impossible d’imaginer les réseaux sociaux actuels, les messageries en ligne ou les plateformes collaboratives. AJAX a posé les fondations techniques des expériences fluides et réactives que nous utilisons quotidiennement aujourd’hui.
Les APIs, l’outil qui permet aux acteurs du web d’interagir entre eux
Au cœur de l’interactivité se trouve également un autre outil, ce qu’on appelle une API (Application Programming Interface, interface de programmation d’application). Pour faire simple, c’est un système qui permet à deux services numériques distincts d’échanger des informations.
Une sorte d’interactivité sous-jacente, si l’on peut dire. Ainsi, quand vous vous connectez à un site avec votre compte Google ou Facebook plutôt que de créer un nouveau compte, c’est une API qui opère.
Le site demande à Google ou Facebook : “Cette personne est-elle bien qui elle prétend être ?” Google ou Facebook répond, et la connexion s’établit. Il n’y a aucun nouveau mot de passe à retenir.
Les APIs fonctionnent partout aujourd’hui. Quand un site de réservation d’hôtel affiche une carte Google Maps pour montrer l’emplacement, il utilise l’API de Google Maps. Quand vous partagez un article depuis une application vers X/Twitter, c’est l’API de X/Twitter qui permet ce transfert. Uber utilise l’API Google Maps pour tracer les itinéraires et calculer les temps de trajet. Etc., etc.
Sans les APIs, chaque service du web fonctionnerait isolément. Impossible de partager du contenu entre applications, impossible de se connecter avec un compte existant, impossible d’intégrer des fonctionnalités externes. Les APIs ont transformé le web en un écosystème où les services se complètent et s’enrichissent mutuellement, créant l’expérience fluide et interactive que nous connaissons aujourd’hui.