Quand un moteur de recherche promet de planter des arbres à chaque requête, ça ressemble à une combinaison intéressante entre technologie et écologie. Ecosia s’est installé dans cette zone très confortable du marketing vert où l’on tape des mots-clés et, en théorie, une forêt repousse quelque part.
Sauf que depuis quelques années, une polémique enfle autour du projet : accusations de greenwashing, d’impact surestimé, de dépendance aux géants du numérique et de communication trop lisse. Entre les enthousiastes qui défendent bec et ongles le modèle et les sceptiques qui parlent de simple vernis vert, l’écart de perception est énorme.
Ce qui se joue derrière Ecosia dépasse largement un simple choix de moteur de recherche. On touche à des questions lourdes : comment mesurer un impact environnemental réel dans le monde numérique, à quel point une promesse de durabilité peut s’appuyer sur de la publicité ciblée, et jusqu’où une entreprise peut capitaliser sur notre culpabilité climatique.
L’enquête autour des critiques adressées à Ecosia ressemble presque à un audit collectif d’une certaine façon de parler d’écologie en ligne. Au milieu, l’utilisateur qui veut juste faire des recherches sans détruire la planète doit trancher, avec des informations parfois contradictoires.
- Ecosia finance bien de la plantation d’arbres, mais son modèle repose sur la publicité et sur l’infrastructure d’autres géants du web.
- Les accusations de greenwashing visent surtout la manière dont l’impact est raconté plus que l’existence des projets eux-mêmes.
- La transparence d’Ecosia progresse, mais plusieurs zones grises subsistent sur la qualité des plantations et le suivi long terme.
- Des alternatives comme les moteurs de recherche éco-responsables basés sur Google ou d’autres modèles brouillent encore plus le paysage.
- Adopter Ecosia ne suffit pas pour « verdir » son usage du web, mais peut s’inscrire dans une démarche plus large de sobriété numérique.
Ecosia et la promesse d’un moteur de recherche écologique
Ecosia s’est imposé comme le symbole du moteur « qui plante des arbres ». Concrètement, l’outil repose sur une base de résultats fournis par Bing, sur lesquels viennent se greffer des annonces publicitaires classiques.
Une part de ces revenus est ensuite dirigée vers des projets de reforestation et d’agroforesterie dans différents pays. Le message est simple à retenir : quelques dizaines de recherches financeraient la plantation d’un arbre. Cette simplification, très efficace sur le plan du marketing, est aussi ce qui nourrit une bonne partie de la polémique.
Pour un utilisateur comme Léa, qui travaille dans une petite agence web engagée, l’équation paraît séduisante au départ. Elle installe Ecosia comme moteur par défaut au bureau, explique à son équipe que « chaque recherche compte » et s’en sert comme argument dans leurs discussions internes sur l’impact environnemental du numérique. Tout fonctionne bien jusqu’à ce que certains collègues commencent à poser des questions plus techniques : sur quels serveurs tourne Ecosia, qui contrôle la donnée, comment sont vérifiés les projets de plantation ? C’est souvent à ce moment-là que la confiance se fissure ou se consolide.
L’argument de la transparence est régulièrement mis en avant par Ecosia. L’entreprise publie des rapports financiers, détaille le pourcentage de revenus dédiés aux projets et communique sur les partenaires locaux. Sur le papier, on trouve des graphiques, des montants, des zones géographiques. Pour un œil habitué à décortiquer des bilans, ces documents apportent un début de réponse : oui, une fraction réelle du chiffre d’affaires part bien pour la plantation d’arbres. Certaines enquêtes indépendantes ont confirmé que des millions d’arbres ont effectivement été plantés grâce à ces fonds.
Mais la légitimité ne se joue pas seulement sur la quantité. Les critiques environnementales insistent sur la qualité des projets soutenus : densité de plantation, diversité des espèces, implication des communautés locales, taux de survie des plants sur plusieurs années. Un million d’arbres plantés en monoculture sur un terrain inadapté ne crée pas le même bénéfice qu’un programme patient d’agroforesterie co-construit avec les agriculteurs. Ecosia met en avant des exemples positifs, mais comme souvent, les zones d’ombre concernent les cas moins photogéniques ou les échecs.

Pour replacer Ecosia dans le paysage, il faut aussi regarder les autres pistes disponibles pour un moteur de recherche éco-responsable. Certains acteurs s’appuient sur l’infrastructure de Google, d’autres sur Bing, voire sur des métamoteurs. D’autres encore misent moins sur la reforestation et plus sur la compensation carbone ou le financement de projets de sobriété énergétique. Dans tous les cas, la même question revient : est-ce que ces initiatives compensent réellement la consommation liée aux requêtes, ou servent-elles surtout à soulager nos consciences ?
Sur un plan plus terre à terre, l’utilisation quotidienne d’Ecosia fait surgir une autre limite : la qualité des résultats. Pour une développeuse ou un développeur qui passe ses journées à chercher des bouts de documentation obscure, un léger écart de pertinence peut vite devenir agaçant. Certains retournent à Google pour les recherches « sérieuses » tout en gardant Ecosia pour le reste, ce qui dilue d’autant l’impact supposé. L’usage réel ne ressemble donc pas toujours à la belle histoire racontée dans les vidéos promotionnelles.
On retrouve dans tout ce modèle un équilibre fragile entre bonne volonté et compromis techniques. Ecosia reste légitime comme acteur qui cherche à concilier recherche en ligne et écologie, mais la vision binaire « écolo ou arnaque » ne tient pas longtemps face aux détails concrets. La seule question honnête devient alors : est-ce que ce compromis correspond à ce que tu attends d’un outil numérique engagé.
Greenwashing numérique et marketing vert autour d’Ecosia
Dès qu’une marque colle des arbres sur sa communication, le soupçon de greenwashing n’est jamais loin. Pour Ecosia, l’argument clé reste la fameuse phrase « vos recherches plantent des arbres ». C’est court, mémorisable et rassurant. Le problème, c’est que cette formulation efface une bonne partie de la complexité du sujet : publicité ciblée, empreinte carbone des centres de données, infrastructure de Bing, déplacement géographique de l’impact, tout disparaît derrière un compteur d’arbres qui grimpe. Or, un compteur ne dit rien des effets réels sur un écosystème.
Les campagnes les plus critiquées sont celles qui laissent entendre que taper une requête sur Ecosia serait l’équivalent direct d’un geste concret de terrain, du type planter une graine ou participer à une journée de reboisement. Plusieurs observateurs, ONG comme spécialistes du climat, rappellent qu’une requête reste une action numérique qui consomme de l’énergie, du réseau, de la puissance de calcul. La plantation financée après coup ne transforme pas magiquement chaque recherche en action vertueuse. On se trouve plutôt face à une forme de compensation, avec toutes les limites que cela suppose.
Cette mécanique rappelle ce qui s’est passé avec les billets d’avion estampillés « neutres en carbone ». On promet un impact effacé grâce à un projet lointain, souvent une forêt ou un parc éolien, alors que les émissions sont bien réelles. Sur Ecosia, la polémique porte moins sur l’existence des arbres plantés que sur la façon dont le discours mélange usage du numérique et impact environnemental positif. La frontière est mince entre mettre en avant un financement utile et laisser croire qu’une activité énergivore devient soudain bénéfique en soi.
Les accusations de greenwashing se cristallisent aussi autour de la dépendance aux acteurs dominants. Ecosia revendique son indépendance, mais s’appuie sur Bing pour délivrer les résultats. En filigrane, c’est donc une chaîne technique et économique qui implique Microsoft et une partie de l’infrastructure mondiale du cloud. Pour certains critiques, c’est une contradiction majeure : difficile de se présenter comme alternative « verte » tout en reposant sur les mêmes centres de données que les services les plus classiques du marché.
Du côté du marketing vert, Ecosia soigne son image avec des visuels chaleureux, des chiffres ronds faciles à retenir et des témoignages de partenaires locaux. Ce n’est pas forcément malhonnête, mais cela donne parfois un vernis de simplicité à des réalités beaucoup plus nuancées sur le terrain. Un projet de reforestation peut échouer, être ralenti par un changement politique ou une sécheresse, ou encore générer des tensions locales autour de l’usage des terres. Reconnaître ces échecs au même titre que les succès serait un vrai test de maturité pour la communication.
Dans le même temps, il serait un peu rapide de mettre Ecosia au même niveau que certaines opérations de pur « green marketing » vide. Les fonds versés à la reforestation existent, des parcelles ont été restaurées, des agriculteurs ont bénéficié de nouvelles pratiques. La question n’est pas de savoir si tout est faux, mais si la promesse est formulée avec la précision nécessaire pour éviter d’induire les utilisateurs en erreur. Par exemple, remplacer « planter des arbres » par « financer des programmes de reforestation gérés par des partenaires » changerait déjà la perception.
Pour démêler tout ça, une bonne pratique consiste à comparer Ecosia à ce qui se fait dans le reste du numérique responsable. Sur un site web éco-responsable, on regarde les optimisations de poids des pages, le choix de l’hébergeur, la sobriété des vidéos. Pour un moteur de recherche, les critères doivent être du même ordre : efficacité des requêtes, optimisation du trafic, sobriété de l’interface, politique de logs. Si la seule différenciation porte sur la plantation d’arbres, le soupçon de vernis vert reste logique.
Au fond, la polémique autour du greenwashing d’Ecosia renvoie tout le monde à une interrogation inconfortable : est-ce qu’on cherche à rendre le web réellement plus sobre, ou seulement à ajouter un badge vert sur nos usages sans rien changer à notre frénésie d’onglets. C’est ce décalage entre discours et pratiques qui nourrit le feu, plus que les projets de reforestation eux-mêmes.
Transparence, finances et impact environnemental réel des plantations d’Ecosia
Le terrain de la transparence est celui sur lequel Ecosia met le plus d’efforts pour répondre aux critiques environnementales. L’entreprise publie régulièrement des rapports expliquant la répartition de ses revenus publicitaires : part dédiée aux salaires, à l’infrastructure, à la communication et part envoyée aux partenaires de plantation. Sur ces documents, des pourcentages précis sont affichés et des montants cumulés de dons apparaissent, ce qui donne une base factuelle pour juger du modèle.
Cependant, l’interprétation de ces chiffres reste délicate pour un utilisateur qui n’a pas l’habitude de lire des bilans. Un pourcentage élevé alloué aux projets de reforestation ne garantit pas à lui seul un bon impact environnemental. La pertinence dépend de la sélection des partenaires, du coût réel des interventions, de la part consacrée au suivi et au contrôle sur place. Plusieurs ONG spécialisées rappellent que planter un arbre coûte peu, mais assurer sa survie sur cinq ou dix ans demande des moyens bien plus conséquents.
Autre point souvent mentionné dans les débats : la méthode de comptage des arbres. Ecosia affiche un total global qui augmente avec le temps, comme un compteur de téléchargements. Or, chaque projet a sa propre réalité. Certains adoptent un suivi fin, avec géolocalisation des parcelles et audits réguliers, d’autres fournissent des estimations plus grossières. Quand une sécheresse ou un incendie touche une zone, le nombre d’arbres réellement vivants plusieurs années après peut être très éloigné du nombre initialement planté. Les rapports d’Ecosia évoquent de plus en plus ces aléas, mais pas toujours avec le niveau de détail espéré par les sceptiques.
Pour s’y retrouver, il peut être utile de mettre en parallèle Ecosia et une autre initiative du même univers, comme un moteur concurrent qui alloue par exemple 60 % de ses revenus d’extension à la reforestation tout en s’appuyant sur l’infrastructure de Google. Ce type de modèle montre que la question ne se résume pas à « plus de pourcentage = plus vert ». Entre coûts techniques, qualité de recherche et choix des partenaires, chaque configuration favorise certains compromis au détriment d’autres.
Un tableau de comparaison simplifié aide à visualiser ces tensions entre image publique et fonctionnement concret.
| Critère | Ecosia | Autre moteur éco-responsable typique |
|---|---|---|
| Source des résultats | Bing, avec surcouche maison | Souvent Google via une extension ou métamoteur |
| Usage des revenus publicitaires | Part significative pour la plantation d’arbres | Pourcentage parfois plus élevé, selon le modèle |
| Transparence financière | Rapports publiés, audits ponctuels | Très variable, parfois moins détaillée |
| Suivi des projets | Partenaires identifiés, retours de terrain médiatisés | Du suivi précis à la simple mention générique |
| Expérience de recherche | Qualité dépendante de Bing, perçue comme correcte | Résultats proches de Google ou mixtes |
Ce comparatif ne vise pas à désigner un gagnant, mais à rappeler un point simple : un bon score sur un indicateur ne suffit pas. Ecosia communique largement sur ses rapports, ce qui constitue déjà un pas que d’autres n’ont pas franchi. En revanche, la façon de raconter les chiffres pourrait gagner en nuance. Par exemple, distinguer les arbres plantés, les arbres toujours vivants au bout de quelques années et les surfaces réellement restaurées rendrait la promesse plus solide, même si les nombres annoncés baissaient.
Le débat touche aussi aux ordres de grandeur. Quand on met les tonnes de CO₂ potentiellement séquestrées par les arbres d’Ecosia en regard des émissions globales liées au numérique, on obtient un résultat mixte. Les projets soutenus ne sont pas inutiles, loin de là, mais ils ne transforment pas l’usage du web en activité bénéfiquement neutre. On se trouve face à une contribution, pas une solution miracle. Cette nuance devrait, à mon sens, être martelée autant que le compteur d’arbres dans la communication.
D’ailleurs, des ressources pédagogiques sur le sujet circulent de plus en plus, y compris du côté de développeurs qui documentent comment réduire la consommation des frontends ou optimiser les API. L’idée est d’inscrire les moteurs « verts » dans un mouvement plus large de durabilité numérique : moins de requêtes inutiles, interfaces plus sobres, meilleure gestion des médias, choix d’hébergeurs alimentés en énergie renouvelable. Dans ce cadre, Ecosia n’est qu’un maillon. Un outil utile pour financer certains projets, mais pas un passe-droit écologique.
Quand un utilisateur comprend ces limites, l’outil change de statut : il arrête d’être ce « truc magique qui rend les recherches vertes » pour devenir un canal de financement plus ou moins bien pensé. Cette bascule de perception rend la discussion sur la légitimité beaucoup plus saine, car elle repose sur des attentes réalistes plutôt que sur un imaginaire de web réparateur.
Polémiques, critiques environnementales et accusations contre Ecosia
Les controverses autour d’Ecosia ne viennent pas de nulle part. Elles sont alimentées par un mélange de déception, de défiance envers les discours de marque et d’exigences accrues vis-à-vis des projets se réclamant de l’écologie. Plusieurs types de polémique reviennent régulièrement. La première concerne la charge symbolique mise sur l’acte de chercher. Certains militants climatiques considèrent que mettre en avant la plantation d’arbres risque de détourner l’attention des changements plus profonds à mener, comme la réduction de la consommation numérique ou la remise en question de la publicité ciblée.
Un autre front de critiques vise le caractère « facile à adopter » de la solution. Installer un moteur de recherche vert comme Ecosia demande quelques clics, ne bouscule pas les habitudes et laisse croire que l’on agit déjà. Des commentateurs parlent alors de « greenwishing » plus que de greenwashing : une volonté sincère de bien faire, canalisée vers des gestes faibles en transformation réelle. Pour certains, c’est déjà mieux que rien. Pour d’autres, cela occupe de la place dans l’espace mental et ralentit la prise de conscience des changements plus structurels à engager.
Sur le plan strictement environnemental, des critiques portent sur la répartition géographique des projets de reforestation. La majorité des arbres financés se trouvent dans des pays du Sud, où la terre coûte moins cher et où les gains de croissance sont rapides. Cela peut avoir du sens d’un point de vue climatique, puisque la biomasse y augmente vite, mais pose des questions politiques : qui décide où l’on plante, pour qui, avec quels bénéfices locaux. Quand une entreprise européenne collecte des revenus publicitaires partout dans le monde pour financer des plantations dans des zones fragiles, le débat sur la justice climatique n’est jamais loin.
Le rôle des partenaires locaux nourrit également la méfiance. Tous les projets présentés par Ecosia ne sont pas suivis avec le même degré de détail publiquement. Certains bénéficient de reportages, de photos, de témoignages. D’autres restent plus discrets, ce qui encourage les sceptiques à imaginer le pire. Pour sortir de cette zone grise, plusieurs voix recommandent une ouverture accrue des données de suivi : géolocalisation des parcelles, indicateurs de biodiversité, accès à des audits tiers. Le fait qu’Ecosia soit plus transparent que la moyenne ne l’immunise pas contre ces demandes d’ouverture supplémentaire.
Les discussions les plus tendues surgissent souvent lorsque des internautes découvrent qu’Ecosia reste, fondamentalement, un intermédiaire publicitaire. Même si la finalité affichée est vertueuse, le cœur économique repose sur le même principe que pour de nombreux géants du web : capter l’attention, afficher des annonces et monétiser les clics. Pour certains défenseurs d’une sobriété plus radicale, ce socle suffit à disqualifier l’idée de « moteur écologique ». D’autres adoptent une position plus pragmatique, en considérant qu’il vaut mieux orienter une partie de cette logique vers des projets utiles que de la laisser entièrement aux mains d’acteurs qui n’ont aucun objectif environnemental.
À ce stade, difficile de trouver un consensus. L’utilisateur moyen qui bascule sur Ecosia n’a pas forcément envie d’entrer dans des débats de justice climatique ou de théorie de la publicité. Pourtant, ces couches de discussion existent en arrière-plan et nourrissent la polémique visible sur les réseaux sociaux ou dans les tribunes spécialisées. Comprendre qu’il n’y a pas d’innocence totale dans ce type d’outil, même bien intentionné, permet de prendre un peu de distance avec les slogans simples.
Une piste intéressante consiste à combiner Ecosia avec d’autres pratiques de sobriété. Par exemple, réduire le nombre d’onglets ouverts, apprendre à affiner ses requêtes pour consommer moins de ressources, éviter de chercher dix fois la même chose, voire basculer régulièrement en mode manuel pour certaines tâches (favoris, notes locales, documentation téléchargée). Dans ce cadre, Ecosia n’est plus la solution unique, mais une brique de plus dans un ensemble cohérent. La polémique perd alors un peu de sa charge émotionnelle et laisse place à un arbitrage plus nuancé entre bénéfices et limites.
Au final, ce qui se joue avec Ecosia ressemble à une répétition générale pour d’autres services numériques se déclarant « verts ». Chaque contradiction soulevée, chaque exigence de précision, prépare le terrain pour des projets futurs, plus sobres et mieux documentés. La discussion actuelle n’est pas un accident, mais probablement une étape nécessaire.
Alternatives, usages responsables et place d’Ecosia dans un web plus durable
Une question revient souvent dans les discussions entre devs ou équipes numériques : « Est-ce que passer sur Ecosia suffit pour rendre nos usages propres ? » La réponse courte est non. C’est un pas parmi d’autres. Autour d’Ecosia se dessine tout un écosystème de moteurs, d’extensions et d’astuces cherchant à concilier efficacité et durabilité. Certains outils, comme des moteurs basés sur Google avec reversement d’une grosse part des revenus à des ONG, misent sur une qualité de résultats très proche de ce que tout le monde connaît déjà, tout en reprenant l’idée de la reforestation ou de la compensation.
Face à ces options, une stratégie raisonnable consiste à clarifier ses priorités. Pour certaines équipes, la qualité de recherche prime, quitte à choisir un outil qui plante plus d’arbres mais reste entièrement dépendant des géants. Pour d’autres, l’objectif sera plutôt de sortir, au moins en partie, des écosystèmes dominants, quitte à accepter une expérience un peu moins fluide. Ecosia se retrouve au milieu de ce spectre : une tentative d’hybride qui reste encore ancrée dans l’infrastructure existante tout en finançant des projets locaux.
Du côté des usages quotidiens, plusieurs leviers très concrets peuvent renforcer l’effet d’un moteur se disant « vert » :
- Limiter les requêtes inutiles en utilisant davantage les favoris et la mémoire de navigation.
- Privilégier les recherches textuelles aux requêtes d’images ou de vidéos lorsqu’un résultat simple suffit.
- Utiliser un bloqueur de traqueurs pour réduire une partie des appels réseau superflus.
- Sur les projets web internes, optimiser les pages pour éviter les recalculs de CSS et les scripts lourds sur chaque recherche.
Ces gestes ne font pas l’objet d’une campagne aussi stylée qu’un compteur d’arbres, mais ont souvent un effet direct sur la consommation d’énergie liée aux requêtes. Couplés à l’usage d’Ecosia ou d’une alternative équivalente, ils dessinent une transition plus cohérente vers un web qui ne se contente pas d’acheter sa bonne conscience à coups de projets de reforestation.
Pour les curieux qui veulent pousser la réflexion plus loin, des analyses détaillées existent déjà sur la façon de concevoir un moteur ou un site qui limite fortement son empreinte. Celles et ceux qui s’intéressent au sujet apprécieront par exemple un décryptage plus global des moteurs engagés proposé sur cette analyse d’Ecosia comme moteur écologique, qui aborde autant la technique que la communication. Ce type de ressource permet de dépasser le simple « oui/non » sur la question du greenwashing pour entrer dans les détails d’architecture, de modèle économique et de gouvernance.
En parallèle, des initiatives plus radicales apparaissent, comme des moteurs minimalistes qui évitent la publicité, limitent la collecte de données et misent sur un design très dépouillé. Ils ne plantent peut-être pas d’arbres, mais réduisent à la source l’énergie nécessaire par requête. Pour certains utilisateurs, cette approche, moins spectaculaire mais plus sobre, fait davantage sens. Elle illustre surtout une idée clé : il n’existe pas une seule façon « écologique » de faire de la recherche en ligne, mais un ensemble de réponses plus ou moins cohérentes selon les critères que l’on privilégie.
Dans ce paysage mouvant, Ecosia garde une place particulière, à la fois comme pionnier du discours « moteur qui plante des arbres » et comme cible privilégiée des gens qui veulent tester la solidité de ce discours. Les polémiques et les critiques environnementales ne l’effacent pas, elles forcent le projet à ajuster son tir, à préciser ses chiffres, à mieux documenter ses partenariats. Pour les utilisateurs, l’enjeu reste de garder un regard lucidement enthousiaste plutôt que de basculer, au choix, dans l’adhésion aveugle ou le rejet systématique.
Ecosia est-il vraiment écologique ou s’agit-il de greenwashing ?
Ecosia finance bien des projets de reforestation avec une part de ses revenus publicitaires, et publie des rapports financiers qui confirment ces flux. Le reproche de greenwashing vise surtout la manière de présenter cet impact, parfois trop simplifiée ou enjolivée, plutôt que l’existence des plantations elles-mêmes. Utiliser Ecosia peut contribuer à des projets utiles, mais ne rend pas l’acte de chercher neutre pour le climat, ni n’exonère d’une réflexion plus large sur la sobriété numérique.
Combien d’arbres sont réellement plantés grâce à mes recherches ?
Ecosia affiche un compteur global estimant le nombre total d’arbres financés depuis la création du service. Ce chiffre agrège différents projets, chacun avec ses propres méthodes de suivi. Il donne un ordre de grandeur, mais ne reflète pas forcément le nombre d’arbres encore vivants quelques années plus tard. Pour une vision plus fine, il faut consulter les rapports détaillant projet par projet, en gardant en tête que des pertes liées aux aléas climatiques ou à la gestion locale sont inévitables.
Pourquoi certains critiquent la dépendance d’Ecosia à Bing ?
Ecosia repose sur l’infrastructure de Bing pour fournir ses résultats de recherche. Cette dépendance à un grand acteur du cloud contredit, aux yeux de certains, l’image de véritable alternative écologique. La critique n’annule pas l’intérêt des projets de reforestation financés, mais souligne que le cœur technique reste lié à un modèle de web centralisé et énergivore, avec des marges de manœuvre limitées sur l’empreinte réelle des datacenters.
Ecosia est-il un bon choix pour un usage professionnel intensif ?
Pour un usage intensif comme le développement web, la recherche académique ou la veille technique poussée, la qualité perçue des résultats peut faire la différence. Ecosia, basé sur Bing, offre des résultats corrects pour un grand nombre de requêtes, mais certains utilisateurs préfèrent encore Google pour les cas pointus. Une approche fréquente consiste à garder Ecosia pour le quotidien, tout en basculant ponctuellement sur un autre moteur lorsque la pertinence devient critique.
Que faire en plus d’Ecosia pour réduire mon impact environnemental en ligne ?
Au-delà du choix du moteur, plusieurs gestes ont un effet direct : limiter le nombre de requêtes répétitives, nettoyer régulièrement ses onglets et favoris, éviter le lancement automatique de vidéos, alléger l’usage du cloud pour les fichiers volumineux, et privilégier des sites optimisés qui chargent vite. Dans un contexte professionnel, travailler sur la performance et la sobriété des propres sites et applications que l’on développe complète bien l’usage d’un moteur de recherche à vocation écologique.